Moi, autiste.

“We should not fit our life to the demands of social conformity; we can’t find a model to live by from others, we can only find that within ourselves.”

“We do not think of the neurodiversity movement as one that seeks to integrate neurominority people into all the existing ways of living in the world as a human being.”

“There is a certain way of being human that is our way. We want to be free to live our life in our way, and not in imitation of other’s life.”

Moi, autiste.

by Pierre Marcantonio

 

Je m’appelle Pierre Marcantonio. Je suis diagnostiqué autiste à 23 ans, malheureusement tard. La France, le pays d’où je viens, n’est toujours pas meilleure élève pour accepter les neurominorités dans mon genre, malgré quelques évolutions politiques désormais en faveur d’une approche « scientifique ». Ce pays reste toujours imprégné d’une idéologie dangereuse qui a gâché la vie d’innombrables personnes, menant ainsi à des scandales judiciaires qui ont entaché sa réputation, à savoir l’affaire Rachel. Ce sont ces histoires notamment qui condamnent les enfants jugés « bizarres » à être séparés de leurs mamans sous prétexte qu’elles sont responsables de leur autisme. Une sinistre industrie de placements irresponsables d’enfants dans des hôpitaux psychiatriques et autres structures dégradantes pour leur développement, doublée d’une « chasse aux sorcières » insoutenable. Cette fâcheuse tendance est toujours monnaie courante à l’heure actuelle, à cause de laquelle bon nombre de gens confondent encore entre la psychiatrie, la psychologie, la psychothérapie et surtout celle dont le nom me fait vomir : la psychanalyse. Elle est introduite partout dans la société depuis des décennies sans vive résistance.

Je n’ai pas échappé à ce domaine étant enfant car il a suffi que je ne participe pas à un jeu collectif avec d’autres enfants à la crèche au point de « déclencher l’alarme » chez les membres du personnel. Aussi, ma première année à l’école n’a pas été réjouissante puisque j’ai subi pour ainsi dire le harcèlement scolaire. Depuis, j’ai été convoqué avec ma famille pour lancer un « suivi spécial » dans un hôpital du jour et un centre médico-social, dont le résultat s’est avéré désastreux. Il m’a fallu longtemps pour j’exprime mon malaise sur ces structures. Et pourtant, c’est ce ressenti qui a été un point crucial pour mon avenir. En effet, l’avouer à mes parents les a encouragé à reprendre ma scolarité telle qu’elle devrait être depuis le départ, surtout pour toutes les neurominorités qui existent sur Terre. Cela n’a pas été évident pour « corriger cette erreur » car les personnes gérant ces établissements, disposant d’une « sympathie » trompeuse, ont cherché à me garder pour financer leurs « intérêts personnels ». Qui sait ce qui aurait pu se passer si je n’avais pas exprimer mon ressenti à temps. Je ne souhaite donc cette expérience à personne.

En reprenant ma vie scolaire, j’ai développé mes intérêts dans des activités scolaires telles que le théâtre et l’informatique puis pour communiquer « en toute sécurité », je dessinais des BD et j’ai été suivi par un orthophoniste. Le progrès se présenta enfin. Le brevet et le baccalauréat ont été obtenus. Le 7ème et le 9ème art sont finalement les domaines qui ont apporté plus de stimulation à mon existence. Quelques années après avoir été diplômé dans une école de cinéma d’animation et à militer pour les droits des autistes, je réalise que le cinéma est un univers propice pour l’écrasante majorité des neurominorités, un autre lieu qui apporte un certain réconfort. Paradoxalement, l’art a donné du sens à ma vie.

Seulement, à l’heure où j’écris ce présent article, la reconnaissance totale des autistes en France en tant que citoyens de même valeur au nom de l’égalité devant la Constitution n’est toujours pas au rendez-vous. L’argent public est de mon point de vue gaspillé par des projets ségrégatifs ainsi que par certaines recherches de « guérison » comme s’ils restent convaincus que nous ne sommes rien de plus que des pièces du puzzle à résoudre et qu’il n’y a qu’une seule façon de fonctionner. Je considère cela comme un déni de réalité parce que la génétique nous rappelle que la diversité, c’est la règle, pas une exception. En conclusion, je souhaite que nous constituons ensemble un monde plus stimulant et respectueux que jamais où la hiérarchie entre les membres de l’espèce humaine ne sera plus attachée avec obsession, ou encore n’aura plus lieu d’être.

 

L’Angoumoisin vous a raconté.

Pierre Marcantonio, ION France Membre du Bureau Trésorier.  

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